Des livres écrits par des victimes ou par leurs représentants

 (la rubrique est ouverte...)

 

C'est l'histoire de flops annoncés. La presse n'en a pas parlé ou n'en parlera pas, sinon pour les descendre une fois de plus. Le regard des victimes n'intéresse personne.

 

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 Et pour info, ou pour le black fun :

100.000 euros d’avance pour le projet de bouquin d’un escroc, pas encore jugé et déjà enrichi en parfaite légalité au bénéfice de son forfait.

304.898 euros de droits aux descendants de Mesrine (on se demande droits de quoi !) pour autoriser l’adaptation à l’écran de L’Instinct de mort, mais aucuns droits pour les victimes.

 3,8 millions de dollars d’avance pour les mémoires d’Amanda Knox et son histoire criminelle ambiguë, mais rien pour la famille de la victime.

 5 millions de dollars pour l’édition des mémoires d’Ali Agça, qui a reçu plusieurs propositions de rachat depuis 2010, mais rien pour le pape ou l'Eglise.

  etc.
 

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Corinne Tanay

Taisez-vous, vous ne savez pas !

Éditions Privé, 2007, 246 p. (ISBN 978-2350760254)

 Taisez-vous !  

  

Corinne Tanay est cette mère détruite par l'affaire de la Josacine empoisonnée qui coûta la vie à sa fille en 1994. Du cyanure avait été introduit dans le médicament d'Émilie, 9 ans, alors que l'enfant était gardée par le couple Tocqueville. L'enquête, tordue et complexifiée comme toutes les enquêtes sans flagrance ni aveux, désignera Jean-Marc Deperrois, notable local, comme fauteur. Il aurait voulu se débarrasser le l'époux Tocqueville pour mieux vivre une passion cachée avec madame, sans savoir que le médicament était destiné à cette enfant que gardait le couple. Un crime par erreur...

 J.-M. Deperrois a été condamné. Il est sorti de prison au bout de douze ans, en 2006. Depuis, il maintient qu'il était innocent et tente d'obtenir sa réhabilitation.

Corinne Tanay, elle, ne s'est jamais remise de ce drame et a publié plusieurs ouvrages pour expurger son mal-être. Comme beaucoup de proches de victime, elle a toujours eu besoin de poser un visage sur le coupable et a peut-être focalisé son regard sur J.-M. Deperrois à tort mais là n'est pas le propos, même si elle réaffirme dans ce livre sa conviction en se fondant sur un dossier criminel qu'elle connaît par cœur.

 La trame du livre est intimiste. La rédaction est fluide. Le lecteur accompagne cette plongée dans le malaise d'une femme meurtrie et peut la comprendre, même s'il ne pourra se forger une opinion arrêtée sur l'affaire par manque d'avis contradictoire. Ce livre ne raconte pas le détail d'une instruction et d'un procès hautement médiatisés, il ne s'arrête que sur quelques détails parsemés au fil d'une introspection et de révélations de coulisses. On retiendra le passage consternant de Corinne reçue par le ministre de l'Intérieur et futur président Sarkozy, plein de promesses en faveur d'une refonte de la considération des victimes et parties civiles... évidemment balayées une fois passé la porte. C'est la désillusion et le désespoir qui guident cette écriture de la survie. Mais Corinne s'accroche, tant bien que mal, parce que ceux qui partent n'auraient pas voulu voir leurs proches gâcher une vie de plus.

Plus tard, pourtant, elle va publier Le Châtiment des victimes. Les démons ne la quittent pas.

Taisez-vous fait partie de ces ouvrages intimes ou criants de vérités jusque-là niées. Pour cela, il mérite certainement que l'on s'y penche.

À ceux qui veulent sortir des sentiers rebattus par ces émissions fleuves sur les grandes affaires.

  

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